Depuis sa déconvenue retentissante en décembre dernier, le parti travailliste (Ptr) éprouve toute les peine du monde à se remettre en scène. Pis, il serait, au dire de ses cadres, tout bonnement paralysé. En effet, toutes les instances rouges, des Constituency Labour Party au comité exécutif en passant par l’aile féminine et le congrès annuel inexistant depuis trois ans, ne fonctionneraient plus. Et celui qui monte au créneau ces jours-ci n’est autre que l’ancien Attorney General, Yatin Varma, qui affirme non sans amertume que « le parti travailliste bafoue chaque joue sa constitution ». Une situation qui, soutient-il, n’a que trop durer.

Autrefois leader incontesté et incontestable, Ramgoolam voit aujourd’hui ses anciens lieutenants l’abandonner un à un. Chose impensable il y a encore quelques mois, tous ou presque souhaitent qu’il abandonne le leadership du parti travailliste. C’est en effet Shakeel Mohamed qui a sonné la charge il y a quelques semaines contre l’ancien leader rouge en déclarant qu’il représentante désormais un poids dont doit se débarrasser le parti s’il veut remonter la pente et regagner la confiance de l’électorat. «Je le dis clairement : M. Ramgoolam est un handicap (…) Tant qu’il est le leader, le PTr ne décollera pas», a-t-il ainsi déclaré dans une interview à l’express dimanche.

Des propos virulent qui ne surprennent plus et qui témoigne du ras-le-bol des cadres dirigeants.

Désigné porte-parole, Arvin Boolell lui a ainsi emboîté le pas et réclamé la tenue d’un congrès afin de faire voter une motion visant à destituer Ramgoolam de son poste de leader et appeler à un vote pour désigner son successeur. Longtemps discret, celui qui est désigné depuis des années maintenant comme le successeur naturel de Ramgoolam se voit pousser des ailes et se pose aujourd’hui en alternative crédible. Mais encore faut-il que cette alternative soit légitimée par un vote des sympathisants rouges lors d’un congrès.

Et c’est là que le bas blesse. Car Boolell a vu sa motion pour la tenue d’un congrès rejetée par le bureau politique. Raison invoquée, l’impossibilité d’organiser un tel événement en seulement deux semaines. « Ce ne sont que des paresseux », tempête Yatin Varma, qui estime pour sa part qu’un parti puisse se présenter à des élections, fussent-elles municipales, sans un leader pour mettre les troupes en ordre de marche.

L’organisation d’un congrès, souligne-t-il, est aujourd’hui une étape essentielle pour la relance de la machine rouge. « Si Ramgoolam veut rester le leader du parti, qu’il soumette sa candidature au vote est sympathisants. D’ailleurs, que tous ceux qui souhaitent occuper ce poste se portent candidats », explique-t-il. Quand on lui demande s’il songe à se porter candidat, Yatin Varma assure ne pas l’envisager et dit vouloir se consacrer à sa carrière d’avocat et à sa famille. Il explique d’ailleurs avoir récemment fait part à Arvin Boolell de sa volonté de se mettre en retrait politique mais que le porte-parole des travaillistes lui aurait demandé de rester afin de prêter main forte au parti pour aider le parti à traverser ces moments difficiles.

S’il assure toujours soutenir Ramgoolam, Yatin Varma soutient néanmoins que la priorité est aujourd’hui non seulement de remettre le parti à flot mais également de regagner la confiance des sympathisants. Pour cela, fait ressortir l’ancien Attorney General, il faut que l’ancien chef du gouvernement vide son sac. « Ramgoolam a aujourd’hui le devoir moral de venir expliquer devant l’exécutif, la partisans et la population la provenance de l’argent retrouvée dans ses coffre-fort et sur ses liens avec Soornack », lâche-t-il.

Mais alors que les soutiens de l’ancien Premier ministre se font de plus en plus rare au sein de l’establishment travailliste, il reste pourtant quelques rares inconditionnels qui se sont mis en tête de faire barrage à toute initiative qui viserait à trouver au Ptr un nouveau leader. Emmené par Patrick Assirvaden et Nita Deerpalsingh, ce clan, composés des soutiens les plus fervents à Ramgoolam, aurait ainsi réussi à « paralyser » toute prise de décision majeure depuis que l’ancien chef du gouvernement s’est mis en retrait pour se consacrer à des démêlés avec la justice. « Leur objectif est de montrer que sans Ramgoolam, le parti est perdu et que lui seul peut le remettre sur pied. En clair, ils lui gardent la place », lâche, dépité, un travailliste pur jus qui a pris ses distance de l’ancienne direction. Des accusations que l’entourage des principaux intéressés rejettent même s’ils reconnaissent que pour eux, celui qui est le mieux à même de diriger le parti n’est autre que Ramgoolam. « Après tout ce qu’il a fait pour ce parti et pour le pays, la moindre des choses et de faire preuve de solidarité et non pas de l’écarter comme de cette façon», explique-t-ils.

En attendant qu’une décision définitive soit prise, ceux qui pensent que le parti doit se trouver un nouveau leader maintiennent la pression et entend bien faire entendre raison aux partisans du statu quo. « Nous nous devons de penser en priorité à l’avenir du parti et tout mettre en œuvre pour qu’il puisse redevenir une alternative crédible à ce gouvernement qui, depuis son installation au pouvoir, n’a fait que se lancer dans une chasse aux sorcières », soutient Yatin Varma.

Publié dans l’express dimanche en Mai 2015

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