Lundi, 22 heures. Ils ont retenu leur souffle dès les premières notes du générique d’Enquête Exclusive, diffusée sur la chaîne française M6. Avant de se détendre quelques minutes plus tard, d’esquisser un sourire et de relâcher la pression. Il faut dire que l’émission, redoutée, a provoqué un branle-bas de combat au sein de l’industrie touristique. Opérateurs, mais aussi organismes de promotion ont multiplié les réunions de crise la semaine dernière pour mettre au point une riposte qui, aux dires des principaux acteurs du secteur, ne sera finalement pas nécessaire.

Car au lendemain de la diffusion du reportage, les opérateurs touristiques se sont attelés à prendre le pouls du marché français, principal pourvoyeur de vacanciers à Maurice. « Nous redoutions fortement que l’émission ait de graves conséquences sur notre industrie touristique. Mais fort heureusement, après consultations avec nos représentants à l’étranger, il nous est revenu qu’elle n’a semble-t-il pas porté préjudice », soupire le directeur d’un établissement hôtelier cinq-étoiles. Et un membre de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice (Ahrim) de confier que les opérateurs du secteur continueront à ouvrir l’œil dans les semaines à venir pour tenter de mesurer l’impact réel de ce programme télévisé auprès des touristes français.

« Le reportage a finalement été une représentation honnête de l’île », estime pour sa part Robert Desveaux, président de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA), qui soutient que le « capital émotionnel » dont bénéficie la destination auprès des Français est intact. Et pourtant, la MTPA avait mis en alerte son réseau d’agences de marketing en France et en Europe. « Il y a eu au final plus de peur que de mal », laisse entendre un cadre de cet organisme, pas mécontent que  la tempête soit passée.

Un sentiment partagé par le président de l’Association des hôtels de charme, Bissoon Mungroo. Ce dernier dit toutefois regretter l’angle choisi par l’émission et va jusqu’à y voir un « coup monté » fomenté par des destinations en « concurrence directe » avec Maurice. Si la paranoïa de cet opérateur prête à  sourire, elle témoigne néanmoins de la frilosité d’un secteur qui peine à maintenir la tête hors de l’eau et qui, aux dires de ses principaux acteurs, « n’a pas besoin d’une mauvaise publicité dans la conjecture actuelle ».

Si le tourisme a été épargné par ce coup de projecteur, il en va tout autrement de l’industrie textile, pointée du doigt pour le travail au noir et les conditions de vie indignes de certains travailleurs étrangers. A ce sujet, le ministre du Travail, Shakeel Mohamed s’est dit disposé à « collaborer » avec le syndicaliste Faysal Ally Beegun pour améliorer la situation des travailleurs étrangers interrogés par la chaîne française.

Shakeel Momahed s’est cependant montré dur avec ceux qui travaillent au noir, affirmant qu’« il ne faut pas prendre les travailleurs étrangers qui opèrent dans le noir pour des victimes d’exploitation ». Et de rappeler que tout travailleur étranger pris à effectuer du travail non déclaré verra son permis de travail annulé avant d’être déporté. Quant à l’employeur peu scrupuleux, il devra faire face à une procédure judiciaire. La menace, lancée cette semaine, a laissé septique les dirigeants du secteur manufacturier. « La posture de Shakeel Mohamed est franchement ridicule. Il a fallu qu’il regarde la télévision française pour se rendre compte de ce qui se passe à côté de chez lui. Qu’il fasse ce pour quoi il est payé par le contribuable et tout ira mieux pour les travailleurs étrangers », réplique le directeur d’une usine textile des Plaines-Wilhems. 

Finalement, l’émission aura fait beaucoup moins de tort aux secteurs du tourisme et du textile qu’à l’un des protagonistes volontaires du reportage. Franco Edouard, trafiquant de drogue opérant dans la périphérie de la capitale, a été passé à tabac, moins d’une heure après la diffusion du programme, par les sbires d’un parrain de la région. Ce dernier n’aurait pas apprécié que Franco Edouard, alias « Pablo Escobar » dans Enquête exclusive, affirme à l’antenne être à la tête du trafic de drogue dans les faubourgs du nord de Port-Louis. Hospitalisée depuis lundi, la victime se remet doucement de ses blessures.

 

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