Au Fashion & Design Institute (FDI), le bras de fer engagé entre les étudiants et la direction reste d’actualité. Ces derniers, qui ont pointé du doigt les dysfonctionnements de l’institution, ont lancé cette semaine un ultimatum à la direction, lui donnant jusqu’à janvier pour « améliorer les conditions d’études », avant de décider des actions à entreprendre. Il faut dire qu’un sentiment de révolte couvait depuis plusieurs mois au sein de cet établissement qui a connu des débuts laborieux.

Les tensions qui agitent le FDI ont été portées sur la place publique il y a deux semaines lors de l’inauguration de l’exposition visant à mettre en valeur les œuvres réalisées par les étudiants. Profitant de la présence du ministre de l’Enseignement supérieur et de cadres du secteur privé, des élèves ont dénoncé pêle-mêle les infrastructures défaillantes de l’institut – tous se rappelle encore cet employé qui a reçu un morceau du toit sur la tête –, l’ « incompétence » de sa nouvelle directrice, l’absence de matériel adéquat ainsi que la mauvaise gestion du FDI. Autant de lacunes qui, lancent les étudiants, « mettent (leur) avenir en péril ».

Cette situation, si elle exaspère les étudiants, inquiète également les enseignants. Mais contrairement aux premiers, ils préfèrent fait part de leur mécontentement en toute discrétion. « On nous a interdit de parler à la presse sous peine d’être poursuivis. C’est dire la situation qui prévaut actuellement à l’institut. Nous n’avons même plus le droit de nous exprimer librement », confie un enseignant qui a souhaité garder l’anonymat.

Comme lui, d’autres membres du corps enseignant du FDI déplorent leurs conditions de travail mais également l’absence de communication avec la direction. « Lorsque l’institut a été crée, on nous a fait tout un tas de promesses qui n’ont jamais été tenues. Nous souhaitons simplement tout soit fait pour nous permettre de travailler dans des conditions optimales. Cet établissement a été mis sur pied pour professionnaliser les métiers de l’art. Le pari n’a pas été tenu », estime l’un des enseignants rencontrés. 

Issue de la fusion entre la School of Design de l’Industrial and Vocational Training Board (IVTB) et le Textile Apparel Development Centre d’Entreprise Mauritius, le FDI est régi par un conseil d’administration présidé par François de Grivel. Sollicité pour une réaction, ce dernier, qui n’était pas au pays, a expliqué qu’il souhaite entendre les différentes parties avant de s’exprimer sur la question.

D’aucuns estiment que les problèmes auxquels fait face le FDI découleraient justement de la fusion de plusieurs établissements qui opéraient indépendamment. « On s’attendait à ce que ce soit compliqué. C’est toujours difficile d’adopter une nouvelle façon de travailler, surtout dans une fusion. Mais force est de constater que certaines fortes têtes ne font aucun effort pour que cette transition se déroule sans accro », explique un cadre du FDI. Soucieux de préserver certains des avantages et des prérogatives qu’ils possédaient avant la fusion, certains exerceraient donc des pressions sur la direction de l’établissement.

Si elles rejettent toute forme de xénophobie contre la directrice de l’institut, Iris Peitzmeier, les fortes têtes expliquent s’opposer à la méthode de gestion « unilatérale » de la jeune femme. « Depuis son arrivée à l’institut, elle prend des décisions sans consulter le corps enseignant. Il est impossible de discuter avec elle et c’est justement cette attitude qui rend la cohabitation difficile au sein de l’institut », laissent entendre certains professeurs.

Appelés à être des partenaires privilégiés du FDI, les industriels pourraient toutefois remettre en question leur partenariat si la situation ne connaît pas d’amélioration. Une éventualité qui inquiète les étudiants, et ce malgré les assurances données par le FDI. « L’intérêt de l’institut repose sur le fait qu’il a noué des partenariat avec de grandes entreprises qui offriront demain des débouchés intéressants aux élèves diplômés qui auront fini leurs études. Et sans ces entreprises, le FDI aura du mal à attirer les élèves et pourrait perdre toute crédibilité », explique un étudiant.

Du côté de la direction de l’établissement, on balaie d’un revers de la main cette sinistre perspective. On préfère mettre en avant les points fort du FDI qui, explique-t-on, font de l’établissement une « référence en matière de fashion & design ». Et si l’on concède à demi-mots que les infrastructures en place pourraient être améliorées, l’on maintient que l’institut « sera à la hauteur des attentes ».

Une opinion partagée au ministère de l’Enseignement supérieur, où l’on se dit « excédé » par la montée en épingle du conflit qui oppose les étudiants à la direction de l’institut. « La nouvelle directrice du FDI est une grande professionnelle. Il est malheureux de voir que certains veulent lui attribuer tous les maux de l’institut alors qu’elle n’est en fonction que depuis très récemment », confie un haut cadre de ce ministère. Et d’ajouter : « Il y a un petit groupe d’étudiants au FDI qui font beaucoup de bruit et qui nuisent de par leur façon de faire à la réputation du FDI. S’il y a un problème, qu’ils viennent en parler pour que l’on trouve une solution au lieu de jouer aux enfants gâtés ». Pas sûr que ces derniers apprécient.

Par Guillaume Gouges, l’express dimanche

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