Mookhesswur Choonee a le sourire crispé. Une semaine après avoir déclenché la polémique pour ses propos sur les Vaishs, le ministre des Arts et de la Culture peine à faire face. Vivement critiqué par l’opinion publique, désavoué par le Premier ministre – qui s’est dissocié de ses propos –, pointé du doigt par certains de ses collègues, il ne semble pourtant pas se résoudre à faire profil bas. Loin de faire des excuses publiques, il s’est jusqu’à présent obstiné à remettre en cause la traduction de ses propos et a fait savoir, jeudi après-midi, dans un communiqué qu’il saisira la justice pour chercher réparation auprès de ceux qui l’aurait taxé de « raciste » et de « castéiste ».

S’il se montre déterminé à faire front, l’entourage du ministre parle lui d’une « tentative désespérée » de mettre fin à la polémique avant le retour de Navin Ramgoolam au pays. « Il espère ainsi éviter les foudres de Ramgoolam, même s’il sait pertinemment qu’il ne risque rien », analyse un politicien aguerrit.

A la tête du ministère des Arts et de la Culture depuis quatre mois seulement, Choonee a déjà accumulé quelques bourdes. A commencer par l’épisode Gaston Valayden, le metteur en scène mauricien auquel il a du présenter des excuses confuses après lui avoir refusé une aide financière pour lui permettre de présenter son spectacle aux Etats-Unis. « A Maurice, ce ministère est considéré comme une voie de garage. On y case ceux dont on ne sait que faire C’est malheureux, mais c’est ainsi. Mais même là, Choonee réussi l’exploit de créer une polémique », confie, un brin moqueur, un membre de l’opposition parlementaire.

Des casseroles, Choonee en traînent quelques-unes depuis ses débuts en politique. C’est au No 12 (Mahébourg/ Plaine Magnien), en 1991, qu’il débutera sa carrière politique. Il se présente alors sous la bannière du MSM. Elu en troisième position, derrière Ivan Collendavelloo et Vasant Bunwaree, Choonee se voit offrir le portefeuille des Arts et de la Culture. S’il n’y fait aucune étincelle, le jeune politicien parvient tout de même à faire ses gammes et espère ainsi progresser dans la hiérarchie politique. « J’ai le souvenir de quelqu’un de gauche, qui n’a jamais vraiment su imprimer sa marque au sein de ce ministère. Il n’y connaissait rien et ne s’en cachait d’ailleurs pas. Ce qu’il faisait le mieux par contre, c’était de sourire », lâche un ancien cadre de ce ministère, aujourd’hui à la retraite.

Battu aux élections de 1995, il se présentera de nouveau devant des électeurs en septembre 2000, mais cette fois dans la circonscription No 10 (Montagne Blanche/ Grande Rivière Sud Est). Elu en tête de liste, Choonee se voit cette fois offrir le poste de ministre des Terres et du Logement.

Et contrairement à son précédent passage au gouvernement, il sera cette fois sous les feux des projecteurs. Mookhesswur Choonee est arrêté le 23 janvier 2003 par la commission anti corruption (ICAC). Soupçonne d’avoir soutiré Rs 4,5 millions dans une affaire liée à la vente frauduleuse des terres de l’Etat, il se voit contraint de soumettre sa démission. Mais les charges qui pèsent sur lui seront rayées peu après, son avocat ayant réussi à l’époque à établir qu’il y avait un vice de forme dans l’enquête.

Blanchi, Choonee redevient ministre. Remaniement oblige, il prend la tête du ministère des administrations régionales. Mais ses déboires judiciaires ont laissé des traces. A tel point que Choonee, qui ne se sent plus le bienvenu au MSM, soumet sa démission début 2005. Il expliquera ainsi sa démarche dans une interview accordée à l’express en 2005 : « Je ne suis pas un ingrat. Sir Aneerood Jugnauth avait pris un engagement envers moi et il m’avait promis que j’allais retrouver mon portefeuille si j’étais blanchi. J’ai été blanchi et je suis retourné. Mais il s’en est fallu de peu que l’on fasse fi de cette promesse ». Blessé et revanchard, il passe chez les travaillistes et se présente aux élections de 2005. Mais l’électorat ne semble pas encore prêt à lui accorder sa confiance.

Au lendemain des élections, Choonee est choisi pour diriger le Haut commissariat de Maurice en Inde. « Ca a été pour lui l’occasion de se faire oublier, mais surtout de préparer son retour sur la scène politique », explique l’un de ses anciens collaborateurs. Pari réussi pour Choonee qui obtient l’investiture du parti travailliste à deux semaines des élections générales. Un observateur explique ce retour en grâce : « En poste en Inde, il a su se rendre indispensable et recueillir de nombreux financement pour le pays. Ramgoolam a donc choisi de le récompenser ». Elu, il retourne à son premier ministère, celui des Arts et de la Culture. Ce qui est pour lui loin d’être une sinécure…

Guillaume Gouges, l’express dimanche

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