« Il y a un shérif de trop en ville ». Cette remarque, lâchée par un observateur politique au lendemain de la joute que se sont livré Xavier Duval et Nando Bodha ces dernières semaines, résume bien le malaise ambiant. Tous deux convaincus d’être « le meilleur ministre du Tourisme que l’île ait connu », se livrent à un duel à distance tantôt pour torpiller le bilan de l’un, tantôt pour railler l’autre.

Un conflit mal vue par leur hiérarchie puisqu’il met à mal les relations, aux dires de Pravind Jugnauth, « excellentes » entre les deux principaux partenaires de l’alliance gouvernementale.

Il y a tout d’abord deux styles diamétralement opposés. « Qu’on l’apprécie ou non, Xavier a un style flamboyant qui lui a assuré une certaine légitimité à la tête mu ministère du tourisme. Il faut également reconnaître qu’il a grandement bénéficié de la réputation de son père ainsi que de son carnet d’adresse », fait ressortir un cadre du ministère du Tourisme. Dans son élément, Xavier Duval n’hésite pas à se mettre en scène, quitte à friser quelque fois le ridicule. L’on se souviendra ici de l’interview accordée à l’émission Thalassa.

Nando Bodha a lui une approche plus pragmatique. « Bodha est lui beaucoup plus réservé. Il conçoit son rôle d’un point de vue purement administratif. Il n’est pas du genre à enfiler une chemise à fleur et à danser un sega pour faire la promotion », explique l’un de ses anciens collaborateurs. Du coup, depuis qu’il a de nouveau été nommé à la tête du ministère du Tourisme, Bodha, laissent entendre certains fonctionnaires, ferait tout son possible pour faire oublier son prédécesseur et imprimer sa marque.

C’est donc Nando Bodha qui déclenche donc les hostilités le 3 août dernier au parlement lorsqu’il révèle que la soirée de lancement du slogan « Mauritius, c’est un plaisir » a coûté Rs 3,8 millions. Xavier Duval, qui a déjà du faire face au tollé soulevé par le coût du branding – Rs 40 millions – prend l’intervention de Nando Bodha à l’Assemblée comme une critique personnelle. Sitôt la séance parlementaire terminée, Xavier Duval émet un communiqué pour justifier les sommes déboursé dans le cadre de ce projet visant à promouvoir la destination Maurice.

On croyait l’affaire clos. Il n’en est rien. Le nouveau ministre du Tourisme a de nouveau fait sortir Xavier Duval de ses gongs en annonçant que le slogan de la firme Acanchi serait abandonné au profit d’une autre phrase jugée plus accrocheuse : « Divine île Maurice ». C’en est trop pour Xavier Duval qui y a vu là une nouvelle tentative de le discréditer et torpiller son bilan. « Les deux hommes ne s’appréciaient déjà pas beaucoup. Maintenant, c’est pire », fait-on ressortir dans l’entourage des deux hommes.

Et pour enfoncer un peu plus le clou, Nando Bodha est revenu à la charge il y a quelques jours en annonçant le licenciement d’une centaine d’employés de la Cleaning Unit de la Tourism Authority« Cette fois, Xavier l’a pris comme un affront personnel », lâche un proche du ministre de l’Intégration sociale. Et pour cause, sur les 102 membres du personnel de ce département, 42 viennent de la circonscription de Xavier Duval. « Ce grand ménage n’est guère étonnant. Nando Bodha doit satisfaire son entourage et pour se faire, il doit faire de la place. La Tourism Authority reste donc la succursale d’un parti politique. C’est juste l’enseigne qui change», analyse un membre de l’opposition parlementaire.

Parachuté au ministère de l’Intégration sociale, Xavier Duval s’est empressé de voler au secours des licenciés et leur a promis de leur trouver de nouveaux emplois. « Si son transfert au ministère de l’Intégration sociale était une punition, il ne semble pas avoir retenu la leçon », analyse un cadre du Ptr.

Réponse du berger à la bergère : face aux critiques, Xavier Duval ne manque jamais une occasion de montrer à ses détracteurs qu’il conserve l’oreille du Premier ministre et entretient de très bonnes relations avec Rashid Beebeejaun le vice-Premier ministre. « Il veut montrer qu’il est intouchable et que quoi qu’il arrive, il a l’avantage », fait ton ressortir au MSM.

Plus qu’un simple conflit de personnalité, la brouille entre ces deux politiciens chevronnés est symptomatique du malaise qui gagne les rangs des deux principaux partenaires de la coalition gouvernementale. Alors que les dirigeants des deux partis enchaînent les déclarations sur les liens « solides » qui lient leurs partis, ils doivent composer quotidiennement avec les tensions qui opposent membres du Sun Trust  et travaillistes (voir hors-texte). Mécontents des « privilèges » accordés au MSM, ces derniers s’estiment en effet lésés et le font savoir dès qu’ils en ont l’occasion. « Nous assistons depuis mai à une unité de façade, mais personne n’est dupe. Qu’ils continuent à se crêper le chignon. Nous, nous continuerons à maintenir la pression », déclare le parlementaire MMM, Rajesh Bhagwan.

Si le malaise entre membres du MSM et du Ptr est palpable, d’aucuns estiment qu’il y a très peu de chance pour que cela mène vers une crise ouverte entre les deux partenaires. « Ne soyons pas naïfs. Personne n’a intérêt à ce que l’alliance capote et qu’un conflit mine le gouvernement. Les deux leaders feront ce qu’il faut pour que leurs troupes se tiennent à carreaux. Bodha et Duval se sont d’ailleurs déjà fait taper sur les doigts », laisse-t-on entendre dans l’entourage des deux ministres.

Il ne serait pas étonnant que les deux hommes mettent  côté leur orgueil et soient contraints d’afficher dans un futur très proche une entente plus que cordiale. L’unité affichée du partenariat Ptr/MSM en dépend…

Guillaume Gouges, l’express dimanche

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