Cehl Meeah. Un nom qui, depuis plus de dix ans, reste davantage associé aux pages faits-divers des journaux qu’à la politique. Le leader du FSM, qui a fait son entrée au Parlement en mai dernier, avait pourtant juré qu’on ne l’y reprendrait plus. Oui mais voilà, à trop vouloir chasser le naturel …

« Il cache bien son jeu. Après tous ses déboires, il a tenté de faire croire qu’il avait changé. Mais personne n’est dupe », lâche un politicien. Cehl Meeah, il est vrai, a souvent changé son fusil d’épaule face aux critiques. Quitte à brouiller les pistes. Fustigé pour ses propos jugés radicaux, marginalisé pour ses liens supposés dans l’affaire Gorah-Issack, critiqué pour certaines de ses prises de position, le chef de file du Hizbullah s’est plus d’une fois retrouvé mis à l’écart. « Il était considéré comme un véritable pestiféré. Personne ne voulait prendre le risque de frayer avec lui », se souvient l’un de ses adversaires politiques, revenu, semble-t-il, à de meilleurs sentiments depuis.

Aujourd’hui encore, Cehl Meeah a du mal à se défaire des nombreuses casseroles qu’il traîne. Et ce n’est pas faute d’essayer. Conscient de l’image inquiétante qu’il projette, Cehl Meeah tente depuis quelques années de se présenter sous un nouveau jour. « La consigne est alors claire : faire moins dans le religieux et plus dans le social. Du moins en apparence », confie l’un de ses anciens compagnons de route.

Dès lors, Cehl Meeah s’affiche aux côtés des squatters et multiplie les interventions en faveur des plus démunis. Une mue qui, si elle vise à le rendre plus « fréquentable », est décriée par ses adversaires politiques qui n’y voient qu’une énième tentative pour influencer l’opinion publique en sa faveur. Le principal intéressé préfère, lui, parler de « réorientation politique ». On est alors très loin du discours conservateur qu’il tient à Plaine-Verte dans les années 80. « Il a compris que s’il voulait prendre de l’envergure au niveau national, il devait mettre de l’eau dans son vin », souligne un politicien.

Mais en coulisse, Cehl Meeah, qui enseigne dans plusieurs écoles coraniques, continue, selon certaines sources, de tenir un langage jugé « très conservateur ». Ce que nie farouchement l’entourage du principal intéressé. Le leader du Hizbullah envisagera même à un certain moment d’ouvrir une école coranique en Angleterre. Il opte dans un premier temps pour Manchester, où habite sa sœur, avant de considérer Birmingham, où réside une forte communauté musulmane. Mais pour une raison inconnue, il n’ira finalement pas de l’avant avec ce projet.

Tout en se fabriquant une nouvelle image, Cehl Meeah fait feu de tout bois. Victime de brutalités policières, le leader du Hizbullah s’attire la sympathie d’un nombre croissant de sympathisants. Il parvient ainsi, en 2001, à se faire élire conseiller à la municipalité de Port-Louis alors qu’il se trouve en cellule. Un tour de force qui lui vaut de nouveaux soutiens et assoit par la même occasion, selon certains, son influence à Plaine-Verte. Il est à ce moment là convaincu que cette première victoire le mènera au Parlement.

Mais sur sa lancée, il butera, une fois encore, sur un obstacle de taille. En pèlerinage à La Mecque, Cehl Meeah est en effet rattrapé par son passé. Nous sommes alors en 2006. Deux individus, arrêté par la police, l’implique dans le cambriolage d’une bijouterie. Devant l’éventualité d’une arrestation, il choisit l’exil. Et c’est en Arabie Saoudite qu’il trouve refuge. Les autorités policières se voient contraintes de suivre ses pérégrinations à travers la presse. Le Coran en bandoulière et fort des appuis logistiques et financiers glanés au Moyen-Orient, Cehl Meeah se rend au Brésil, en Argentine, au Pakistan et au Japon pour y prêcher et accessoirement y dénicher de nouveaux soutiens.

De cette « tournée mondiale », le leader du Hizbullah veut tirer la légitimité qui lui manque alors pour se remettre en selle sur le plan politique. « Il a voulu démontrer à la communauté musulmane qu’il est respecté et écouté dans le monde arabe et qu’il est donc mieux placé pour représenter leur intérêt », explique l’un de ses anciens collaborateurs. De fait, lorsque Cehl Meeah, mettant un terme à son exil, rentre au pays après dix mois d’absence, il a conscience de jouir d’une certaine aura auprès de sympathisants qui hésitaient un an plus tôt à lui manifester publiquement leur soutien.

Il se sent alors repousser des ailes. Il s’attèle à la refonte de son parti – qu’il rebaptisera Front Solidarité Musulman, puis Front Solidarité Mauricien, et se lance une fois encore en politique. Mais dans son empressement à séduire à tout prix l’électorat musulman, Cehl Meeah en vient à s’accommoder de demi-vérités. Revenant sur son exil, il explique s’être rendu dans plusieurs pays pour le compte de l’Islamic Human Rights Commission (IHRC). Faux. Car s’il est bien membre de cette organisation, Cehl Meeah n’a, à aucun moment, été officiellement mandaté pour la représenter. Une information confirmée par Fahad Ansari, porte-parole de l’IHCR à cette époque.

Sous les feux des projecteurs, Cehl Meeah se pose en défenseur de la veuve et de l’orphelin et lance à qui veut l’entendre qu’il est l’homme dont a besoin le pays. « C’est un mégalo. Il se prend véritablement pour l’élu. Il a autour de lui des personnes qui lui sont entièrement dédiées et sur qui il a énormément d’influence », confie un agent politique de Plaine-Verte.

Cehl Meeah, c’est indéniable, a une haute opinion de lui-même. Il affirmait ainsi en 1996, en parlant de son parti : « Le Hizbullah n’a pas été créé par des humains. Il est l’émanation du créateur ». Rien que çà. Autre exemple, au lendemain de son élection en mai dernier, il évoquait, dans une interview accordée à l’express Weekly, ses nombreux soutiens dans le monde arabe et laissait entendre qu’il avait reçu les félicitations des dirigeants de 45 pays arabes. Il reviendra à la charge quelques jours plus tard en déclarant qu’il se verrait bien ambassadeur. Ce qui lui aurait permis de négocier d’importantes aides financières pour le pays. « Il est persuadé d’être incontournable sur la scène politique. Il se voit même à la tête du pays dans quelques années », ironise un député de la majorité.

Il aura fallu la campagne électorale de cette année pour que Cehl Meeah  redevienne, aux yeux des différentes formations politiques, fréquentable. Au terme d’une courte mais intense campagne, le leader du FSM atteint enfin le but qu’il s’était fixé : entrer au Parlement.

Paradoxalement, depuis qu’il y siège, Cehl Meeah a choisi de faire profil bas. Du moins au niveau politique. Tout juste a-t-il fait une déclaration pour réclamer que les salaires des députés soient revus à la baisse. Nombreux sont les politiciens à voir dans cette posture une volonté de se défaire de son image sulfureuse et de se construire une stature d’homme politique. Mais une fois encore, Cehl Meeah se retrouve « malgré lui » dans la rubrique des faits-divers.

Par Guillaume Gouges, l’express dimanche

Advertisements