L’affaire Meeah connaît décidément de curieux rebondissements. Après avoir multiplié les accusations et les déclarations à l’encontre du député et chef de file du Front Solidarité Mauricien (FSM), l’adolescente de 16 ans et son père, Mamad Abdool Careem, ont finalement fait marche arrière et réclament désormais l’arrêt des poursuites.

Un revirement de situation diversement commenté à Plaine-Verte par les partisans et les opposants du FSM. « La vérité est enfin sortie au grand jour. Cehl Meeah a clairement été victime d’une manipulation », confie Khader, 35 ans. Depuis le début de l’affaire, il explique se rendre chaque jour dans les locaux du FSM pour afficher son soutien à Cehl Meeah. Mais tous ne partagent pas son avis et certains estiment que la famille aurait subies des pressions pour revenir sur ses déclarations.

Les regards se sont par ailleurs tournés en fin de semaine vers Bilkiss Meeah. L’épouse du député aurait tenté de mettre fin à ses jours dans la soirée de jeudi, en avalant une quantité importante de comprimés. Conduite d’urgence à la City Clinic, elle a pu être prise en charge à temps. Un geste qui prend le contre-pied de ses récentes déclarations où elle affirmait son soutien à son époux. Ce dernier réfute toutefois l’information selon laquelle sa femme aurait voulu se suicider, affirmant que celle-ci a seulement été prise d’un malaise.

Deux semaines après le début du scandale entourant cette affaire de mœurs, la personnalité de Cehl Meeah continue d’intriguer. L’occasion de lever le voile sur ce personnage qui ne laisse personne indifférent. Car son ascension politique, il l’a construite sur le terrain social. Pendant des années, il a donné des cours dans différents centres à travers l’île, avant de fonder en 1994 sa propre école, le Dar-Ul-Ma’arif Islamic Educational Institute. Nombreux sont ceux qui, à cette époque, dénoncent le discours « radical » que tient Cehl Meeah dans ses cours. Mais malgré les critiques, le nombre d’admissions ira croissant. Ce qui obligera même, en 1997, Meeah à agrandir son établissement.

Ce que l’on sait moins, c’est que ce projet ont bénéficié de la générosité de nombreux donateurs, tant à Maurice qu’à l’étranger. Une générosité qui doit sans doute beaucoup à la caution apportée par la présidence de la République. Un document, en date du 9 décembre 1999 et signé du président de la République de l’époque, Cassam Uteem, évoque en effet le travail « admirable » effectué par cette école avant de préciser que toute contribution qui pourrait rendre possible la réalisation de ce projet serait « très appréciée ».

Si Cassam Uteem reconnaît bien avoir signé ce document, il explique toutefois n’avoir à aucun moment su que Cehl Meeah entretenait des liens avec cette école. « C’est une autre personne qui s’est présentée à moi pour demander mon aide. Les services de la présidence ont effectué une enquête au préalable sur cette école et ont trouvé qu’il s’agissait d’un projet valable qui pouvait être recommandé aux mécènes », explique l’ancien président.

Ce coup de pouce a permis de financer la rénovation du bâtiment déjà existant sur le terrain d’Eau-Coulée et d’y aménager l’école. « Grâce à cette lettre, Cehl Meeah a été en mesure de récolter d’importantes sommes d’argent, surtout dans les pays arabes. Mais personne n’a jamais su exactement combien d’argent il a recueilli », souligne un politicien de l’opposition. Maintes fois interrogé sur ses sources de financement, le clan Meeah a toujours refusé de répondre, laissant tout juste entendre que l’argent provenait de dons, sans donner plus d’indications.

Outre les dons, Cehl Meeah a su, au fil des ans, diversifier ses sources de revenus. Il a ainsi rendu disponible certains de ses cours sur DVD et son école organise régulièrement des levées de fonds. « Il se sert de la religion pour faire de l’argent. C’est pour lui un véritable business », confie un opposant de Cehl Meeah à Plaine-Verte.

Un « business » qui, semblerait-il, s’étend au-delà de nos frontières. Car Cehl Meeah est notamment connu en Angleterre pour venir en aide à des jeunes filles dépressives. Le chef de file du FSM serait ainsi intervenu auprès de la famille Jilka, à Londres, dont l’une des filles souffrait de dépression. Selon une proche de la famille, Cehl Meeah aurait recommandé à la mère de l’adolescente deux personnes de sa connaissance. « Ces deux individus sont venus à Londres et ont été logés par cette riche famille. Ils ont fait des services et ont été généreusement rétribués pour cela », soutient cette même source, qui dit avoir assisté à ces rituels. L’un des deux hommes a même été retenu quelques heures,  alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour Maurice le 28 mai 2009, par les officiers de l’aéroport qui souhaitaient l’entendre au sujet d’une importante somme d’argent en devises qu’il avait sur lui.

La mère de la jeune fille, que nous avons contacté cette semaine à Londres, a reconnu connaître Cehl Meeah, qu’elle qualifie de « gentille personne » ainsi que les deux individus qu’il lui aurait recommandés. Elle n’a toutefois pas souhaité s’étendre sur l’ « aide » qu’il leur a apportée et n’a pas voulu confirmer si elle les avait bien rémunérés.

Régulièrement critiqué, Cehl Meeah s’est pour sa part toujours défendu d’utiliser ses activités sociales comme levier politique. Il n’empêche que cet « engagement » lui a permis de décrocher en mai dernier un fauteuil de député à l’Assemblée nationale…

Par Guillaume Gouges, l’express dimanche

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