Perfectionniste, Navin Ramgoolam ne laisse rien au hasard. Tout comme lors des élections de 2005, il s’est entouré, cette fois encore, de conseillers en communication pour l’aider à maitriser son image durant ces élections. Une influence qui s’est ressentie dans son discours mercredi au Bâtiment du Trésor alors qu’il annonçait la dissolution du parlement. Nombreux sont les observateurs politiques à avoir remarqué, en effet, un changement notable tant dans le discours que dans la gestuelle du Premier ministre.

Nous avons sollicité l’avis du spécialiste français du comportement, Georges Chétochine (voir hors-texte), pour qu’il se penche sur ce changement dans l’attitude du chef du gouvernement. Après avoir visionné plusieurs allocutions du Premier ministre, dont celui de mercredi, il nous livre ici son analyse.

« Lorsqu’il prononce des discours devant un auditoire populaire, l’on voit un homme proche des gens, acessible et qui parvient à évacuer des sujets fâcheux par un trait d’humour. On le sent très à l’aise », explique Georges Chétochine, qui souligne cependant qu’il est souvent arrivé au chef du gouvernement de projeté une toute autre image. « Quand il s’exprime dans un cadre plus officielle, on sent au contraire un homme rigide, penché sur son pupitre et qui ne fait pratiquement aucun de geste de la main. Tout juste a-t-il des gestes bâtons de la main droite pour appuyer certains de ses propos », constate le spécialiste français du comportement.

Une « rigidité » que Navin Ramgoolam a semble-t-il mise de côté mercredi soir alors qu’il annonçait la dissolution du parlement et la date des prochaines élections. « Il a utilisé des tournures de phrases et une gestuelle qui lui ont clairement été soufflées par ses conseillers. Cela ne faisait pas naturel », commentent des journalistes présents au Bâtiment du Trésor mercredi. Les deux mains posées sur son pupitre, Navin Ramgoolam s’est efforcé de paraître serein et rassurant.

Georges Chétochine, qui a visionné la vidéo, commente le discours : « S’il s’exprime certes avec un rythme naturel, on peut penser que les conseillers qui l’entourent lui ont fait travailler le ton sur lequel il s’exprime ». Le ton, souligne le consultant français, compterait pour 33% dans la façon dont est reçu un discours alors l’importance accordée à la gestuelle est de 7%. Et de poursuivre : « Lorsqu’on l’écoute, on a l’impression d’être en face d’un homme intelligent. Il prend le temps de bien marquer son langage en faisant des poses régulières. L’on peut en déduire qu’il s’agit d’une personne qui a une très grande confiance en lui et qui se sait en situation avantageuse ».

Hors texte

Qui est Georges Chétochine?

Georges Chétochine est l’un des grands spécialistes de la communication non verbale et du langage des gestes. Considéré comme l’un des « maître » de la communication en France, il participe régulièrement à de nombreuses émissions télé et radio. Il a été professeur de marketing à l’université Paris IX-Dauphine et dirige un cabinet d’étude international spécialisé dans l’étude du comportement. Auteur d’une dizaine d’ouvrages, il a notamment écrit un livre sur l’analyse de la communication non verbale, « La vérité dur les gestes ».

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