L’homme agace certains de ses compagnons de lutte tout autant qu’il exaspère l’Etat mauricien. A la tête du Diego Garcian Society (DGS) à Londres, Allen Vincatassin a porté un nouveau coup à la revendication de Maurice sur les Chagos en rencontrant au début du mois David Miliband, le ministre des Affaires étrangère britannique. Il a ainsi soumis à ce dernier un rapport intitulé « Diego Garcia, the way forward » dans lequel il réitère non seulement son soutien à la souveraineté de l’Angleterre sur les Chagos, mais clou également au pilori le Groupe Réfugiés Chagos (GRC) d’Olivier Bancoult.

Ce 4 mars, dans ses modestes locaux du West Sussex, Allen Vincatassin s’entretien avec David Miliband sur le bien fondé de la création d’un parc marin dans l’archipel. Mais très vite, la conversation porte sur un aspect contenu dans le rapport : l’élection d’une « administration in waiting ». Une élection qui sera organisée à la fin du mois d’avril. « Nous élirons un Président ou un first minister ainsi que ceux qui seront à la tête des ministères de l’Environement, du Sport et des Infrastructures », nous explique Allen Vincatassin qui se voit déjà « shadow first minister ». L’objectif de ces élections : se poser en interlocuteur privilégié du gouvernement anglais sur le dossier chagossien et court-circuiter par la même occasion les efforts de Maurice.

A Port-Louis, cette « mascarade » ne passe pas. « Il met en péril tout le travail que nous avons entrepris jusqu’à présent pour faire avancer la cause chagossienne. Mais il n’est pas le seul fautif. Il est clair que le gouvernement britannique l’encourage dans sa démarche pour créer une certaine division chez les Chagossiens », tempête un cadre du ministère des Affaires étrangères, qui suit ce dossier depuis des années.

Si Allen Vincatassin s’oppose à Maurice sur la question de la souveraineté, il s’est également mis à dos un bon nombre de Chagossiens, mais cette fois sur un tout autre sujet. L’homme soutient ainsi se battre « uniquement » pour les habitants de Diego Garcia. On peut ainsi lire dans le document qu’il a remis à David Miliband: « I have left room for the leadership that originates from Peros Banhos and Salomon islands, to persue their own decision on the outer islands ». Plus loin, à la page 16, il écrit : « The UK Government should not cede the British Indian Ocean Territory or part of the territory to the State of Mauritius, without proper consultation with the Diego Garcians and other Chagossian communities ».

Pourquoi donc dissocier Diego Garcia des autres îles de l’archipel ? « Chacun son combat. Si nous nous battons pour les natifs de Diego Garcia, c’est pour casser le monopole d’Olivier Bancoult qui s’est toujours battu pour les habitants de Peros Banhos. D’ailleurs, quand les Chagossiens ont obtenu un droit de visite dans l’archipel, ceux qui vivaient sur Diego Garcia n’ont pu y retourner. Nous avons donc décidé qu’il nous fallait mener notre propre lutte », déclare Allen Vincatassin, qui confie par ailleurs être conscient de l’animosité dont il fait l’objet.

Les divergences entre Allen Vincatassin et Olivier Bancoult ne datent pas d’hier. En 2000 déjà, Allen Vincatassin, qui était alors à la tête du Diego Garcia Island Council – qu’il rebaptisera Diego Garcian Society en 2002 – s’opposait publiquement au GRC. « Bancoult a toujours été entouré de politiciens, c’est pourquoi je m’en suis toujours méfié. Pour moi, il ne travaillait pas dans l’intérêt des Chagossiens », explique-t-il.

En 2002, Allen Vincatassin fait partie du premier groupe de Chagossiens qui, passeport britannique en main, s’envolent pour Londres. « Il nous fallait quitter ce pays où nous vivions dans la misère absolue pour aller tenter notre chance sous de meilleurs cieux », soutient-il encore aujourd’hui. Peu après s’être installé, il fonde le Diego Garcian Society et tente depuis d’encourager les Chagossiens à gagner la Grande Bretagne. « Grâce à la structure que nous avons mise en place, il nous a été possible de faire venir en 2003, 50 Chagossiens et en 2004, 80 autres », souligne-t-il fièrement. Sur place, ils ont été pris en charge par le DGS qui les a aidés à trouver un logement et un emploi.

Marié et père d’un enfant, Allen Vincatassin se consacre aujourd’hui entièrement à son organisation. Celle-ci compterait parmi ses membres pas moins de 250 familles. Côté financement, le DGS reçoit chaque mois £10 par membres ainsi qu’une somme mensuelle fixe de £120 du West Sussex County Council. Le DGS reçoit par ailleurs régulièrement des donations émanant d’entreprises et de particuliers.

De Londres, Allen Vincatassin jette un regard amusé sur la polémique provoqué par l’annonce d’une consultation sur la création du parc marin. « Si Maurice est opposée à une consultation, c’est parce que les politiques savent que cela constituera un précédent. Si demain, le gouvernement britannique a recours à une consultation sur la question de la souveraineté, la majorité préférera que l’archipel demeure britannique », lâche le fondateur du Diego Garcian Society. De quoi rajouter de l’huile sur un feu déjà bien nourri…

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