Des mafieux qui voudraient se débarrasser de Paul Bérenger. Cette « révélation », faite par le travailleur social Aly Lazer (voir hors-texte), il y a quelques jours, est aujourd’hui au centre de tous les débats. S’il est peu probable que la menace soit mise à exécution, elle n’en a pas moins mis sur le devant de la scène les agissements de quelques caïds prêts à faire taire ceux qui s’intéressent d’un peu trop près à leurs trafics.

Des menaces que le principal concerné balaye pourtant d’un revers de main même s’il concède faire plus attention. « Je tiens à rassurer ceux qui me sont proches, je prendrais toutes les précautions nécessaires. Na pas tracas », a-t-il déclaré hier lors de sa conférence de presse, avant d’ajouter : « Je continuerais mon travail au péril de ma vie. Tant pis. J’y suis habitué. » Courage ou inconscience ?

« En 40 ans de vie politique, il en a vu d’autres », confie un cadre du MMM. Crédible ou non, la chose est tout de même prise « très au sérieux » par les Casernes centrales. Le commissaire de police, Dhun Iswar Rampersad, a ainsi animé plusieurs réunions de travail ces derniers jours avec différentes unités de police pour renforcer la sécurité du leader de l’opposition.

« Nous ne voulons prendre aucun risque même s’il est peu probable qu’une telle menace soit mise à exécution », laisse entendre un haut gradé de la force policière. Des mesures prises pour assurer la sécurité du chef de l’opposition, rien n’a transpiré ou presque. L’on sait seulement que les patrouilles ont été renforcées autour de la résidence de Paul Bérenger et que ses apparitions publiques – le chef de file des mauves a affirmé qu’il ne les réduirait pas – se feront désormais sous haute surveillance.

Outre l’entourage de Paul Bérenger, une autre personne s’inquiète d’un éventuel attentat visant le leader de l’opposition. Et ce n’est autre que son adversaire direct, Navin Ramgoolam. A quelques mois des élections générales, le Premier ministre ne veut prendre aucun risque. Après les événements de 1999, il ne tient pas à ce que son second mandat soit entaché par un nouveau drame.

Aussitôt mis au courant de la menace, il a exigé que des mesures soient prises pour renforcer la sécurité du leader de l’opposition. Les deux hommes ont d’ailleurs évoqué la question en tête à tête jeudi. « Si le meurtre commandité d’un politicien se déroulait sous son mandat, ce serait une véritable catastrophe. Il pourrait ne pas s’en remettre politiquement », confie un observateur politique. D’où le zèle avec lequel le chef du gouvernement suit ce dossier.

Mais déjà, certains policiers chargés de l’enquête sur l’identité des comploteurs estiment « peu probable » la possibilité d’un attentat à l’encontre de Paul Bérenger. « Même si le leader du MMM représente pour eux une gêne, ces trafiquants auraient davantage à perdre en s’en prenant à lui », analyse-t-on du côté des Casernes centrales.

Selon cette même source, toute action contre le leader de l’opposition entraînerait aussitôt des représailles « musclées » de la part des forces de l’ordre. Les attaques incessantes du MMM et de son journal, Le Militant (voir hors-texte) seraient donc pour eux un moindre mal. Pas sûr que les trafiquants de Subutex voient la situation du même œil.

Alors que les politiciens s’accordent à prendre la menace au sérieux, certaines voix discordantes se font entendre. A quelques mois des élections générales, certains adversaires du MMM mettent en effet en doute la véracité de la menace et montre du doigt un « timing troublant ».

« Ce n’est pas la première fois que des politiciens font l’objet de menaces. Si le MMM en fait toute une histoire, c’est parce Bérenger sait qu’il peut en tirer profit. Il fait parler de lui et s’attire ainsi la sympathie du public. Cela prouve que le MMM est très mal en point », lâche un cadre du Parti travailliste, qui estime la menace « pas crédible ». Un avis semble-t-il largement répandu chez les adversaires du MMM.

Ces derniers, adepte des théories conspirationistes, penseraient donc que le MMM aurait monté de toute pièce cette affaire. « En politique, tout est possible », lâche, sérieux, un politicien aguerri.

Paul Bérenger n’aurait donc, selon nos interlocuteurs, rien à craindre. Nous optons pour notre part pour la formule consacrée en pareille circonstance : du moins, à l’heure où nous mettions sous presse…

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