Le secteur textile malgache a la gueule de bois. Rayée de la liste des pays bénéficiaires de l’Africa Growth and Opportunity Act (AGOA), Madagascar – aux côtés de la Guinée et du Niger – cherche maintenant à rebondir. Une situation qui affecte également les nombreux industriels mauriciens qui ont massivement investi dans la Grande île ces dernières années.

« Pour Ciel, la fermeture d’un accès préférentiel au marché américain représente une perte de 5 à 10 % de notre chiffre d’affaires global. Même si ce n’est pas catastrophique, nous allons devoir trouver des solutions et nous organiser en conséquence », explique Harold Mayer. Et d’ajouter que l’exclusion de la Grande île de l’AGOA ne remet aucunement en question la présence du groupe dans le pays.

Présent à Madagascar depuis cinq ans, un autre entrepreneur mauricien, engagé dans le secteur textile, assure rester optimiste. « Le pays offre encore beaucoup de possibilités pour faire des affaires. Et maintenant que la situation politique s’est un peu apaisée, cela devrait aller mieux. Il nous faut rester confiant. »

La Grande île avait pourtant initié une intense campagne de communication pour tenter de convaincre les autorités américaines de prolonger leur accès préférentiel au marché américain. Des industriels engagés dans le secteur textile avaient ainsi payé une pleine page de publicité dans le magazine spécialisé Politico pour tenter d’attirer l’attention de Barack Obama et des membres du congrès américain sur leur situation. On pouvait ainsi y lire : « Nous vous demandons de prendre en considération la tragédie humaine que causera la destruction de 100 000 bons emplois à Madagascar dans le secteur textile créé sous l’AGOA. »

Madagascar est en effet l’un des principaux pays à avoir profité des avantages commerciaux que confère l’AGOA depuis son admissibilité acquise en octobre 2000. Plus de 500 000 emplois directs ou indirects des zones franches malgaches sont concernés. La campagne initiée par les industriels n’aura toutefois pas eu l’effet escompté.

L’exclusion de Madagascar de l’AGOA a été prise par le président américain Barack Obama à l’occasion de la révision annuelle du programme AGOA, imposée par la loi américaine et qui prend en considération les avancées ou les reculs démocratiques des pays concernés. Selon les observateurs, c’est le changement de régime brutal, résultant d’un coup d’état en mars dernier, qui aurait motivé cette décision de la Maison Blanche.

Le 10 décembre 2009, Ian Kelly, porte-parole du département d’Etat américain, avait pourtant déjà prévenu : « Le gouvernement des États-Unis exhorte les dirigeants politiques malgaches à prendre des mesures concrètes visant à rétablir un régime démocratique constitutionnel et la primauté du droit. Si ces mesures ne sont pas prises d’ici au 15 décembre 2009, Madagascar risque sérieusement de perdre son statut d’admissibilité à l’AGOA en 2010. » Et c’est ce qui s’est passé…

Article publié dans l’express dimanche du 27 décembre 2009

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