Voici deux semaines maintenant que l’Eglise chrétienne se retrouve au centre d’une polémique. Comment l’avez-vous vécu ?

Concernant cette polémique, bien sûr et bien que nous n’ayons rien à nous reprocher, quand de fausses accusations sont lancées à ce rythme contre l’église et contre nous, ça ne peut pas nous laisser insensibles, c’est très dur. Et nous sommes très déçus de voir comment des faits qui ne sont pas fondés peuvent être traités avec tant de légèreté par une partie de la presse qui oriente l’opinion publique dans une seule direction.

Mais heureusement, nous savons que toutes ces accusations sont fausses et nous nous reposons sur le Seigneur dans ce temps « de persécution ».

D’anciens adeptes de l’Eglise sont venus de l’avant pour critiquer sévèrement l’Eglise. Pourquoi vous en veulent-ils autant ?

Quand une personne quitte une organisation quelle qu’elle soit – entreprise, parti politique…- il peut y avoir des choses qu’elle n’a pas comprises ou mal vécues, qui la poussent à critiquer et surtout à justifier son départ, on voit ça partout.

L’église n’est pas parfaite et il se peut que parfois des maladresses soient commises vis-à-vis de certains, nous en assumons la responsabilité. Cela dit, il y a très peu de personnes parmi celles qui ont choisi de quitter l’église au fil des années qui la critiquent ! Malheureusement, déjà au temps de Jésus ou de l’apôtre Paul, il y avait des gens de leur entourage qui les avaient trahis…

Je crois que la vraie raison de ces critiques, c’est que l’évangile prêché dans l’église nous montre ce que nous sommes et notre besoin de changer, or tout le monde n’en a pas envie. Mais quand on voit les accusations ridicules et purement inventées lancées contre nous (kidnapping, brainwashing, stérilisation forcée…), ça montre que nos détracteurs n’ont rien trouvé de réel et de grave à dire.

Pouvez-vous comprendre que l’Eglise chrétienne dérange ?

Oui, bien sûr. C’est le contraire qui serait étonnant, car l’évangile ne laisse pas indifférent. Mais allons à la racine du problème : quand l’église a débuté en 1977, ça a dérangé l’église catholique, qui nous a qualifiés de « secte » parce que nous sommes sortis du milieu d’elle. Elle a même dit qu’on était des « loups déguisés en agneaux », au point où même nos propres familles se sont éloignées de nous pendant un long moment. Comme une partie de la presse est d’appartenance catholique, il n’est pas étonnant qu’elle ait repris les propos de cette église et défendu sa cause.

Ce qui n’était d’abord qu’une accusation lancée par l’église catholique craignant que des gens la quittent pour nous rejoindre est, à force de répétitions, maintenant considéré par certains comme un fait. Ceci explique d’ailleurs les propos du vicaire général Labour. Pourtant, quel mal y a-t-il à épouser la foi protestante évangélique, comme des milliers de gens le font tous les jours dans le monde aujourd’hui, par exemple au Guatemala ? D’ailleurs, l’église catholique s’était écriée « Au voleur ! » Dans ce pays, l’église catholique a là encore réagi en mettant en garde tous ses fidèles ! Je rappelle aussi que la même accusation a été lancée contre l’église pentecôtiste à Maurice dans les années 60.

Aujourd’hui, on prend comme prétexte toutes sortes d’histoires infondées pour nous accuser parce que nous sommes l’Eglise chrétienne.

Votre organisation tient plus d’une multinationale que d’une église. Dieu est-il une marque rentable ?

Voulez-vous dire que toutes les organisations religieuses qui sont représentées dans plusieurs parties du monde sont des multinationales ? Si c’est le cas, toutes les religions sont des multinationales ! Allons, soyons raisonnables !

De plus, il n’y a pas des « adeptes de l’Eglise chrétienne », comme si c’était une religion particulière, il n’y a que des chrétiens, parmi les millions du courant protestant évangélique dans le monde, qui ont reconnu Jésus comme leur Sauveur et Seigneur et qui vont dans telle ou telle église selon leur choix. L’Eglise chrétienne est juste l’une d’entre elles.

Par ailleurs, je ne crois pas qu’une église de chrétiens puisse vivre refermée sur elle-même et ses propres préoccupations. Tout chrétien et toute église sont appelés à répondre à l’appel de Jésus et à annoncer l’évangile dans toutes les nations (Marc ch. 16 v. 15). Cette activité missionnaire vers les autres pays a d’ailleurs été la marque des églises protestantes évangéliques et similaires du monde entier, depuis très longtemps. Est-ce que l’on a parlé de multinationales ?

Le CTMI organise dans différents pays des conférences destinées aux pasteurs, et ensuite ceux qui veulent nous rejoindre pour travailler avec nous peuvent le faire. Cela ressemble à la façon dont les églises du Nouveau Testament collaboraient : sous le ministère de l’apôtre Paul étaient regroupées les églises qui se trouvaient dans plusieurs pays. Certains évangélistes travaillaient aussi en « association ». Allons-nous dire que l’apôtre Paul était à la tête d’une multinationale ? Donc des ministères, des pasteurs qui s’unissent pour travailler ensemble, comme l’indique le nom de Church Team Ministries International, ça existe depuis 2 000 ans !

Maintenant, vous semblez confondre église et entreprise. Vous parlez de quelque chose de rentable. Mais pour qui ? Je vous rappelle que l’Eglise chrétienne et CTMI sont des associations à but non lucratif et ne sont donc pas la propriété d’une ou de plusieurs personnes.

Dans l’église, on ne prêche pas l’évangile pour recevoir de l’argent, on ne fait pas non plus de marketing. Les dons qui sont reçus servent à financer les besoins de fonctionnement de l’église, ponctuellement les projets comme la construction de l’auditorium, mais surtout les missions à l’étranger.

Eglise chrétienne, CTMI, « Grace Gospel Church ». Pourquoi se cacher derrière tous ces noms ?

L’Eglise chrétienne est le nom d’une église locale à Maurice, CTMI sa branche missionnaire, quant à Grace Gospel Church, c’est une église locale parmi les nombreuses autres qui collaborent au sein de CTMI.

Quand un pasteur ou une église qui partage notre vision missionnaire de l’évangile désire se joindre à CTMI, on ne refuse pas au motif que son église locale s’appelle comme ceci ou comme cela et non « église chrétienne », ou bien qu’elle appartient à telle ou telle dénomination. L’évangile est au-dessus des barrières de nom ou de dénomination. Nous n’avons pas « créé » toutes les églises qui se sont jointes à CTMI depuis des années. Elles appartiennent à toutes sortes de courants du monde chrétien évangélique. En d’autres mots, nous n’avons pas une idée sectaire de l’évangile. Nous sommes ouverts à travailler avec des églises évangéliques ou pentecôtistes de tout bord.

Rs 64 millions de dons récoltés pour la construction du complexe de Trianon. Vos adeptes sont généreux. Sont-ils regardants sur l’utilisation de leur argent ?

S’ils sont généreux, c’est parce qu’ils ont une même vision pour annoncer l’évangile et à cœur de soutenir ce que nous faisons, sans que personne ne soit obligé de donner. Quel mal y a-t-il dedans ? Dans toutes les religions, de tout temps, les gens font des dons, certains de leur vivant, d’autres après leur mort. Si à l’Eglise chrétienne certains préfèrent donner de leur vivant, où est le problème ? Cela dit, je peux comprendre que cela semble plus qu’étonnant pour ceux qui n’ont pas ce but dans la vie !

Certaines personnes peuvent être regardantes sur l’utilisation de l’argent, d’autres non. Mais le leadership de l’église considère qu’il est de sa responsabilité de rendre des comptes aux chrétiens. C’est ça qui est important à nos yeux. Quand on a un projet dans l’église, on explique toujours aux chrétiens combien il va coûter, ensuite combien on a reçu et comment l’argent est utilisé, dans la transparence. C’est d’ailleurs certainement pour cela qu’ils continuent à donner.

Qu’advient-il de l’argent qui reste dans les caisses ?

Quand l’ensemble de l’auditorium sera terminé, s’il reste de l’argent, il sera destiné aux besoins de l’association et servira à répandre l’évangile.

Interview publiée dans l’express dimanche du 20 décembre 2009

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