Il y a de nouveau de l’électricité dans l’air entre le gouvernement et les sucriers. Au cœur du conflit : le prix auquel le CEB achètera l’énergie des Independent Power Producers. Alors que la firme Hunton & Williams a recommandé une baisse de ce prix de vente, les sucriers protestent.

On croyait la hache de guerre enterrée. Mais un nouveau conflit est venu opposer les Independent Power Producers (IPP) de l’industrie sucrière au gouvernement cette semaine. L’enjeu concerne le prix auquel le Central Electricity Board (CEB) achètera l’énergie aux IPP. A la veille des élections générales, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, sait que ce dossier peut lui rapporter des points, tant au niveau politique qu’économique. D’où sa virulente sortie contre les IPP à deux reprises cette semaine.

Ces derniers contestent les conclusions du rapport final de la firme Hunton & Williams qui, estiment-t-ils, diffèrent « largement » de celles contenues dans le rapport préliminaire. La firme de consultants a en effet recommandé une baisse du prix de vente de l’électricité vendue par les IPP. Mécontents, les sucriers se sont empressés de crier au scandale en déclarant notamment que le gouvernement aurait fait pression sur les auteurs du rapport. Des propos que n’a pas appréciés Navin Ramgoolam qui a déclaré que les sucriers « devraient assumer leur responsabilité ». On attendait la réplique de ces derniers, mais en vain.

Souhaitant éviter un affrontement direct avec le Premier ministre, ils ont préféré se réfugier dans un silence embarrassé. « Nous préférons attendre son retour au pays avant de poursuivre les discussions. Il n’est en aucun cas dans l’intérêt du pays que ce malentendu perdure », confie-t-on à demi-mot à la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA).

Même état d’esprit du côté des IPP qui ont encore en mémoire les colères de Navin Ramgoolam à leur égard. Un observateur analyse, pour sa part, la position des sucriers : « S’ils veulent éviter à tout prix la confrontation, c’est parce qu’ils savent qu’ils seront les seuls perdants si un compromis n’est pas trouvé. »

Un point de vue partagé par le patron du CEB, Patrick Assirvaden. « J’ai été convaincu de la justesse des propos du Premier ministre depuis le début. J’ai en ma possession les contrats signés avec les IPP ces dernières années. Et ce qui en ressort, c’est que ces contrats ont été faits en défaveur de la population », explique-t-il.

Et de poursuivre : « Nous avons payé ces cinq dernières années Rs 14,2 milliards aux IPP. Nous aurions pu avoir quatre centrales avec cette somme. Ils veulent gagner à tous les coups. Mais le match est terminé. Il y a aujourd’hui une win-win situation et ils disent qu’ils veulent rejouer le match. Ce n’est pas honnête ».

Navin Ramgoolam a donc réussi à obtenir la baisse du coût de l’électricité acheté par le CEB, permettant ainsi à cet organisme de faire des économies non négligeables. De l’autre côté, l’on voit la déception des sucriers qui voient par la même occasion fondre leurs bénéfices. Le conflit était inévitable.

Un compromis aurait pu être trouvé dans des salons feutrés. Mais Navin Ramgoolam a préféré à cela l’intransigeance et l’estrade publique. Le chef de parti qu’il est sait pertinemment que se payer la tête du « grand capital » cristallisera son électorat de base. L’occasion était trop belle de leur montrer qu’il est toujours en position de force et qu’il défend les intérêts des petites gens – les consommateurs.

Cette stratégie n’est pas vue d’un bon œil par ses adversaires politiques, et tout particulièrement le MMM. Le responsable de la cellule économique du MMM, Vishnu Lutchmeenaraidoo n’a pas manqué de décrier le « mauvais cinéma » de Ramgoolam. « C’est clair qu’il essaie de mobiliser ses troupes en pratiquant un racisme de bas étage. Ramgoolam m’aura sur sa route s’il fait du Bérenger bashing », a-t-il déclaré vendredi alors qu’il rencontrait la presse.

Et de déclarer qu’il n’écarte pas la possibilité d’entamer des procédures judiciaires à l’encontre du chef du gouvernement si celui-ci poursuit dans cette voie lors de la campagne électorale. « L’incitation à la haine raciale, sous la section 282 du code pénal est une offense très grave », a souligné Kihore Peertab, candidat du MMM dans la circonscription n° 13 (Mahébourg-Plaine-Magnien).

Evoquant le dossier de la production d’énergie lors de sa conférence de presse hier, le chef de file de l’opposition, Paul Bérenger, s’est dit nullement étonné du conflit qui oppose les IPP au gouvernement. « Si on en est arrivé là, c’est d’une part parce que la CEB est juge et partie dans ce dossier. La solution serait la mise sur pied d’une instance régulatrice qui fixerait de manière indépendante le prix que paiera le CEB à l’industrie sucrière. Au lieu de quoi, nous assistons aujourd’hui à une politisation à outrance de ce dossier », a-t-il fait ressortir. Et de qualifier la récente sortie de Navin Ramgoolam contre les sucriers de « cheap politics ».

En attendant le retour du Premier ministre, qui est actuellement à Copenhague, le torchon brûle toujours entre l’Etat et les sucriers.

Guillaume GOUGES

Article publié dans l’express dimanche du 13 décembre 2009

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