legislative2_1april07-040Le timing est parfait. Mardi prochain, la machinerie politique se mettra en marche. Bien que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, martèle qu’il ne se fatiguera pas à parler d’élections législatives avant la fin de son mandat en juillet prochain, les premières manœuvres s’opèrent déjà. Pour l’opposition, et certains membres de la majorité, c’est le moment de se faire entendre et de se rendre visibles.

Car il s’agit de se positionner en marge des prochains suffrages. Après pratiquement trois mois d’interruption, la rentrée parlementaire est la plate-forme idéale pour s’affirmer politiquement. Surtout face à un électorat qui regarde attentivement et qui demande à être convaincu, d’un côté comme de l’autre.

La rentrée s’annonce donc houleuse. Car pendant les vacances parlementaires, plusieurs événements à connotation politique ont défrayé la chronique. Entre l’affaire Catérino, la grippe H1N1, la déclaration à polémique de Rama Valayden et l’hyperactivité de l’inspectorat du ministère de la Santé concernant le Food Act, l’opposition regorge aujourd’hui de munitions.

Et elle ne s’est pas fait prier pour en faire l’annonce lors de ses nombreuses apparitions publiques : ses députés ne lésineront pas sur les moyens pour embarrasser le gouvernement sur ces nombreux dossiers. Ces parlementaires de l’opposition se disent déterminés et ils auraient déjà identifié leurs cibles.

Cet enthousiasme sera aussi au rendez-vous dans les rangs de la majorité. Le gouvernement ne manquera pas d’appesantir sur la somme totale de toutes ses réalisations : la situation économique du pays qui s’améliore de plus en plus et le regain du pouvoir d’achat des Mauriciens sera sans doute un argument de taille. Surtout en marge du prochain budget, prévu dans un mois jour pour jour, le 18 novembre.

Ainsi, malgré les déclarations de leur leader, les bruits courent déjà dans les rangs de l’Alliance sociale sur ceux qui seront laissés sur la touche lors du prochain exercice de distribution des tickets. Pour certains backbenchers, c’est le moment de cimenter leur place au sein du parti, de conforter leur position auprès du chef de parti ou même d’aspirer à une ascension dans la hiérarchie.

Déjà, certains se sont illustrés en ne ménageant pas leurs collègues de parti, jouant sur les notions de devoir dans l’intérêt national ou de la liberté d’expression dans les rangs. Et cela ne déplait pas au Premier ministre.

Avec tant d’enjeux, la rentrée parlementaire prévue pour mardi prochain s’annonce avec son lot de promesses, d’opportunités et d’affrontements entre d’éternels rivaux. Même si une prochaine pause sera observée vers la mi-décembre, fêtes de fin d’année obligent, pour les parlementaires, c’est le moment où jamais de marquer des points politiques.

Officiellement, la campagne électorale ne sera pas lancée avant la fin du mandat du présent gouvernement. Mais la plupart des parlementaires n’attendront pas. Pour ceux-là, la campagne électorale a déjà commencé.

Paul Bérenger

Il n’a plus rien à perdre. Face à ce que certains interprètent comme un essoufflement de son parti, Paul Bérenger, lui, se veut plus combattif que jamais. Du côté de l’état-major du Mouvement militant mauricien (MMM), c’est une évidence même : « C’est la dernière séance avant le début de la campagne électorale. La cible de Paul Bérenger sera bien évidemment Navin Ramgoolam. D’autres y passeront, comme Rama Valayden ou Rama Sithanen. L’Alliance sociale devra plus que jamais rendre des comptes. »

Rajesh Bhagwan

Plus que jamais, Rajesh Bhagwan fera tout pour justifier son surnom de Bulldozer. Bras droit de Paul Bérenger à l’Assemblée nationale, c’est lui qui rajoute de l’huile sur le feu du côté de l’opposition. Remarques acides, personnalisation des débats, il ne lésinera sur rien. D’ailleurs, il annonce déjà le ton : « Nous n’accepterons plus de réponses vagues des Asraf Dulull, Sylvio Tang ou Mahen Gowressoo. Ils auront à répondre et nous ne leur ferons pas de cadeau. »

James Burty David

On ne présente plus l’origine des formules qui se veulent assassines, mais parfois douteuses, à l’Assemblée nationale. James Burty David a toujours quelque chose à dire lors des affrontements verbaux. « Si certains s’attendent à ce que James Burty David baisse le ton, ils le connaissent mal. Cette période sera cruciale », confie un proche collaborateur du ministre des Administrations régionales. « Sa philosophie de la politique : un coup donné pour chaque coup reçu. Si l’opposition frappe plus fort, la réaction sera équivalente. »

Nita Deerpalsing

Dans l’absolu, Nita Deerpalsing prend son rôle de députée de la majorité à la lettre : « Je continuerai à être la porte-parole des habitants de la région de Quatre-Bornes, qui ont des doléances. » Quitte à embarrasser ses colistiers, Xavier-Luc Duval ou Rama Sithanen. « Je l’ai toujours dit, il y a une ennemie que je ne me ferai jamais : ma conscience. » Une attitude idéaliste face à ses propres co-équipiers et qui laisse imaginer quelle sera sa réaction face à l’adversaire. Surtout lors des échanges qui accompagnent les débats.

Navin Ramgoolam

A tout seigneur tout honneur. En tant que Premier ministre, Navin Ramgoolam détient aussi le plus grand portfolio de responsabilités ministérielles. Ainsi, outre les questions lors du Prime Minister Question Time, Navin Ramgoolam sera aussi la cible de nombre d’interrogations d’intérêt national. Il sera la cible privilégié de l’opposition, de même que quelques députés de la majorité voulant s’affirmer. « Sans doute à une exception près : le leader du Mouvement socialiste militant (MSM), Pravind Jugnauth , s’avancent à dire certains observateurs.

Rajesh Jeetah

Entre la gestion de la grippe H1N1, le lait chinois contaminé à la mélamine, la saisie de foie de mouton, de thon avarié et le cas Kentucky Fried Chicken, Rajesh Jeetah sait à quoi s’attendre. « Je vais présenter un projet de loi sur les cantines en janvier et je m’attends à une vague d’offensives. Je suis sûr qu’on va m’imputer des motifs comme dans les cas de Les Moulins de la Concorde, Desbro, KFC. On va peut-être maintenant m’accuser d’en vouloir aux petits commerces. »

Rama Sithanen

Même s’il a annoncé son prochain budget pour le 18 novembre, Rama Sithanen ne s’attend pas à une période d’accalmie de la part de l’opposition. « Je suis calme et serein. Et je sais que l’opposition va attaquer, car la performance économique du pays a été mieux que ce qu’ils avaient prévu. Moi je continuerai dans la même voie. Eux, ils auront probablement recours à la démagogie, comme d’habitude. » Ses adversaires directs, il les connaît déjà : Paul Bérenger et Pravind Jugnauth.

Rama Valayden

Avec la réunification des bleus, Rama Valayden semble s’être vu confié un nouveau rôle : les manœuvres ingrates. C’est sans surprise qu’il a été rappelé à l’ordre par le Premier ministre récemment, et il a déjà été annoncé comme une cible du leader de l’opposition lui-même. Mais pour Rama Valayden, « s’ils me visent directement, c’est qu’ils savent ce que je représente aujourd’hui sur le terrain, c’est que je leur fait déjà mal. J’accueille leur réaction ».

Mahen Gowressoo

« Sous-estimé » par certains, « incompétent » pour d’autres, Mahen Gowressoo est une cible facile pour l’opposition pour deux raisons. D’abord, il a dans son portefeuille ministériel l’épineux dossier qui provoque systématiquement l’ire du public chaque mois : l’exercice de l’Automatic Price Mechanism de la State Trading Corporation. Ensuite, ne maîtrisant pas parfaitement l’art du débat, il se fait souvent aider par ses collègues de parti. Mais lorsque ceux-ci s’abstiennent, l’opposition se régale.

Shakeel Mohamed

Il se targue de pratiquer la liberté d’expression au sein d’un « parti démocratique qui me permet de le faire ». Les antécédents de Shakeel Mohamed sont éloquents : prises de position lors des épisodes de l’azaan ou de l’heure d’été. Plus récemment, il est intervenu en faveur des marchands ambulants de Port-Louis. Face à ce que certains interprètent comme une offensive pour être candidat dans la circonscription n° 3, Shakeel Mohamed n’a qu’une réponse : « En tant que député de l’Assemblée nationale, tous les sujets d’intérêt national me concernent. »

Yatin Varma

Les commentaires acides sur la relation entre Yatin Varma et son colistier Vasant Bunwaree ne manqueront probablement pas dès la rentrée. Et il n’en fera rien pour relativiser la situation, même envers d’autres députés de la majorité qu’il embarrasse souvent avec ses questions. « J’ai le droit d’intervention à l’Assemblée nationale et le droit de poser des questions. Cela ne changera pas. Mon allégeance est envers le Premier ministre et le Parti travailliste. Ils le savent tous. »

Eric Guimbeau

Eric Guimbeau l’a dit et répété : il siègera en indépendant. Une affirmation qui n’a pas pour autant mis fin aux rumeurs d’un prochain rapprochement avec le MMM. Le chef de file du MMSD compte utiliser la plate-forme parlementaire pour faire connaître son nouveau parti. A l’agenda d’Eric Guimbeau : l’éventuel projet de l’Inde concernant l’installation d’une base militaire à Agalega et la création de la Police des polices.

Maurice Allet

De retour sur les bancs de la majorité gouvernementale, le président du PMSD nouvelle génération, Maurice Allet devra faire face à ses anciens partenaires. Une situation qui pourrait  peut-être le mettre mal à l’aise. « Pas du tout », affirme le principal intéressé, qui explique par ailleurs n’avoir aucun problème avec les questions de l’opposition. Campagne électorale oblige, Maurice Allet compte également venir de l’avant avec des questions concernant sa circonscription (Beau-Bassin/Petite-Rivière) et espère par la même occasion mettre des bâtons dans les roues de Rajesh Bhagwan.

Joe Lesjongard

L’ancien MSM, passé chez les Mauve, explique qu’un certain dynamisme caractérisera cette session parlementaire. Joe Lesjongard compte interpeller le gouvernement sur des sujets allant de l’insécurité à la pauvreté en passant par l’argent récolté par l’Etat à travers le NRPT. Le député ne manque pas d’ailleurs de dénoncer le grand nombre de projets de loi en préparation : « La majorité a eu quatre ans pour passer des lois. Ce n’est pas à la veille des élections qu’ils vont venir nous étouffer avec une vingtaine de projets de loi uniquement parce qu’ils veulent se construire un bilan. »

Pravind Jugnauth

Chef de parti, Pravind Jugnauth n’aura d’autre choix que de marquer des points lors des travaux parlementaires à venir. Si ses critiques ont jusqu’à présent visé Navin Ramgoolam, elles se sont surtout concentrées, ces derniers temps, sur Rama Sithanen. Si certains au sein de la majorité assurent que Pravind Jugnauth jouera son rôle d’ « opposition loyale » jusqu’au bout, d’autres au MSM estiment que le parti doit « mener l’offensive » contre la majorité gouvernementale et ainsi répondre aux attentes de leur électorat. Nul doute que le MSM sera au centre de l’attention ce mardi.

Richard Duval

La discrétion dont il fait habituellement preuve à l’Assemblée nationale risque cette fois-ci d’être un handicap. Le député PMSD devra monter au créneau s’il veut obtenir un ticket pour les prochaines élections générales. Dans l’entourage du député, d’aucuns estiment que celui-ci « prépare l’offensive » tant dans l’hémicycle que sur le terrain.

Showkutally Soodhun

Showkutally Soodhun passe rarement inaperçu lors des sessions parlementaires. Si la qualité de ses interventions laisse parfois à désirer, le député MSM affectionne tout particulièrement les petites phrases assassines qu’il assène ça et là à ses adversaires politiques. Toujours prompt à faire une plaisanterie aux dépends d’un parlementaire, il n’est pas rare de le voir ramené à l’ordre par le Speaker de l’Assemblée nationale. Showkutally Soodhun assurera une fois encore le show lors de la rentrée parlementaire.

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