En vérifiant ma boite de courrier électronique ce matin, je suis tombé sur un courriel envoyé par Louis George Lamvohee, un Mauricien installé en Australie. Ce dernier, qui est également porte-parole de la communauté mauricienne là-bas, suit de près la situation de quelques-uns de nos compatriotes qui se sont retrouvés à la rue après la fermeture du Sterling College le 28 juillet dernier.

Voici une petite vidéo pour vous rafraîchir la mémoire:

Louis George Lamvohee donc, m’a fait parvenir un courriel envoyé par une étudiante mauricienne s’enquérant auprès des autorités australienne des modalités de remboursement des frais de scolarité qu’elle avait déjà payé alors que les cours n’ont pas eu lieu. Cet argent, expliquait-elle, servirait à financer des cours dans une autre école.

Voici quelques extraits de la réponse qui lui a été adressée :

As you attended the student meeting, it was made quite clear there that there is no money from Sterling college. there is no money to transfer or to refund to any former students. ACPET were not given any money from Sterling college so there is no money to refund. (…)

PLEASE know that you will not be in trouble with immigration as ACPET has spoken with immigration to explain the situation also.

ACPET ask you to be patient for a little bit longer but you will be hearing from us very soon.

ACPET are finalising details in regards to offers for hairdressing students and will be in contact as soon as we have some information for you regarding your relocation. (…)

Si les autorités australiennes refusent de rembourser les frais de scolarités, elles font tout de même leur possible pour venir en aide aux étudiants mauriciens sur place. Tel n’est pas le cas de l’ambassade de Maurice à Canberra, dirigée par Marie-France Roussety. Récemment de passage à Maurice, elle m’a confié qu’elle ne pouvait se rendre partout où se trouve la communauté mauricienne en Australie parce qu’elle ne percevait pas d’argent du Gouvernement pour financer ses déplacements. Et de lâcher au détour d’une phrase : « Mais s’ils peuvent venir à Canberra, je suis disposer à les héberger ».

Le rôle d’un ambassadeur n’est-il pas de venir en aide à ses ressortissants lorsque ces derniers se trouvent dans une situation difficile ?

Un ami ambassadeur, avec qui je discutais récemment évoquait avec moi les problèmes auxquels les ambassadeurs en poste font face: manque de moyens, de ressources financières et humaines etc…

Je reproduis ci-dessous un article publié il y a un bout de temps dans l’express dimanche:

Les petites misères des ambassadeurs

À cause des abus du passé, certaines de nos ambassades payent aujourd’hui les pots cassés. Face aux restrictions budgétaires, elles doivent faire avec les moyens du bord pour pouvoir fonctionner. Les anecdotes cocasses sont légion. SOS ambassades en détresse…

Une ambassade, dit-on, constitue la vitrine du pays auquel elle appartient. Si tel est le cas, l’image de Maurice n’est plus ce qu’elle était. Les restrictions budgétaires imposées par le ministère des Affaires étrangères ne leur laissent en effet que peu de marge de manœuvre. Si bien que certaines ambassades confient faire face à des difficultés pour faire fonctionner leurs chancelleries comme elles le devraient. Alors que certains, à Port-Louis, soutiennent qu’il s’agit là d’un mal nécessaire visant à assainir les finances publiques, d’autres font ressortir qu’ils sont dans l’incapacité de fonctionner efficacement.

Obligé de payer son propre chauffeur

Pour illustrer leurs difficultés, certains employés affectés par les ambassades mauriciennes n’hésitent pas à évoquer leurs « petites misères quotidiennes ». Face aux restrictions budgétaires imposées par le ministère des Finances, certains ambassadeurs n’ont d’autre choix que de composer avec les moyens du bord. Une situation parfois difficile à gérer, surtout depuis qu’une consigne, venue de Port-Louis, a fait état de l’annulation des heures supplémentaires.

Ainsi, à 17 heures, les employés de l’ambassade de Maurice à Madagascar rentrent chez eux. Cette consigne, qui s’applique aussi au chauffeur de l’ambassadeur, n’est pas sans poser problème. « Lorsque l’ambassadeur est pris par certaines obligations protocolaires au-delà des heures de travail régulières, il se voit contraint de payer lui-même son chauffeur », explique un habitué de l’ambassade, très au fait de la situation. Et d’ajouter que cette situation dénigre la fonction même d’ambassadeur.

Et les problèmes, à l’ambassade de Maurice à Madagascar, ne se cantonnent pas uniquement aux heures supplémentaires. Car depuis que Port-Louis a verrouillé les finances, la moindre dépense est soumise à d’interminables procédures administratives. Il y a quelques mois, la berline de l’ambassadeur tombe en panne. Après vérification, il s’avère que le filtre à huile doit être remplacé. La pièce n’étant pas disponible, le garagiste passe la commande. La pièce arrivera deux mois plus tard par bateau.

Et en attendant que les pièces de rechange soient disponibles et les réparations effectuées, l’ambassadeur utilise un autre véhicule, mis à sa disposition, une Mitsubishi qui date de 11 ans. « Ce véhicule est en très piteux état. C’est impensable qu’un ambassadeur soit obligé de l’utiliser pour ses déplacements », fait-on ressortir à la chancellerie.

L’ambassadeur Gérard Lemaire, explique l’un de ses proches conseillers, a failli se faire refouler, il y a quelques mois, alors qu’il se rendait à une réception organisée par le président de la République de Madagascar, parce qu’il se trouvait à bord de la Mitsubishi. Il a fallu l’intervention du chauffeur, qui a expliqué qu’il s’agissait du véhicule de l’ambassadeur de Maurice, pour que les gardes de sécurité le laissent passer. Un épisode que le principal concerné préfère oublier.

Photocopieuse et fax défectueux

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’ambassade de Maurice à Madagascar n’est pas la plus mal lotie. En Chine, l’on confie manquer de ressources afin de s’assurer du bon fonctionnement de l’ambassade. « Nous sommes incapables de faire une simple hotocopie », déclare un employé qui y est affecté. Et pour cause, l’unique photocopieuse de l’ambassade a fait son temps. « Rien que pour la remplacer, il nous faudra envoyer une requête, fournir des explications, présenter une cotation et faxer le reçu. Tout cela peut prendre des mois.

On entend souvent parler de lenteur administrative. Nous, on sait ce que cela veut dire », lâche, exaspéré, un employé de l’ambassade.

Ce dernier attire, par ailleurs, l’attention sur le mobilier vétuste de l’ambassade et de la résidence de l’ambassadeur, Paul Chong Leung, qui, explique-t-il, ne peut recevoir ses homologues.

« Le bâtiment où loge l’ambassadeur n’est pas en bon état. On ne peut pas y recevoir des officiels. Nous serions embarrassés », laisse-t-il entendre. Un constat affligeant qui n’est pas sans causer une certaine exaspération sur place.

La situation à Maputo, au Mozam-bique, n’est pas meilleure. En effet, l’ambassade souffre depuis quelque temps d’un grave problème de communication. Le fax, défectueux, ne permet pas à l’ambassadeur, Alain Laridon et aux employés de faire parvenir des documents à Port-Louis. «Nous sommes à chaque fois obligés d’envoyer le fax en Afrique du Sud qui a la gentillesse de relayer nos fax à Maurice. Nous avons vraiment l’impression de faire l’aumône», lâche, frustré, un employé.

Ambassade privée d’Internet

Mais ses déboires ne s’arrêtent pas là. la chancellerie est, depuis deux semaines, privée d’accès à Internet. Ceci en raison du non paiement de la facture. « Comme toutes les ambassades, nous avons un budget pour Internet. Le mois dernier, il nous a fallu payer 20 dollars de plus que le budget prévu. Donc, en attendant que le ministère des Affaires étrangères veuille bien nous accorder ces vingt dollars, la compagnie nous a coupé l’accès à Internet. Ce qui nous pose d’énormes problèmes, car nous communiquons beaucoup par courrier électronique », explique cette même source qui estime ne pas être soutenue par le ministère des Affaires étrangères.

Par ailleurs, ceux qui se rendent au Mozambique ne s’étonnent plus de voir l’ambassadeur enfourcher son vélo tout terrain pour ses déplacements. « C’est toujours le même problème, la voiture de l’ambassade reste dans le garage la moitié de l’année parce qu’il n’y a pas d’argent pour effectuer les réparations. »

Ainsi, quand il s’agit d’assister à des cérémonies protocolaires, Alain Laridon est contraint d’improviser. Il a dû plus d’une fois se faire conduire par son fils qui est revenu le récupérer par la suite.

Des taches rouges suspectes

À un journaliste de passage à Bruxelles en 2006 et qui s’étonnait de voir de nombreuses taches de couleur rouge sur la façade de l’ambassade, le chargé d’affaires expliquait qu’il s’agissait des séquelles de manifestation organisées contre le commerce des macaques. « À chaque fois que nous repeignons la façade, ils organisent une nouvelle manifestation et lancent des boules de papier trempées dans de la peinture rouge. Nous n’avons plus les moyens de repeindre à chaque fois », confiait-il. Une situation qui prête à sourire, mais qui illustre bien la difficulté de gérer le bon fonctionnement des ambassades au jour le jour.

À Addis-Abeba par contre, l’on préfère ne pas évoquer ces difficultés. Au contraire, l’on affirme que tout va pour le mieux. De quoi faire des jaloux. Et ce n’est pas l’ambassadeur, Prem Doongoor, qui dira le contraire.

« Des règles ont été établies pour que tout se passe pour le mieux. Il n’y a donc aucun problème », explique ce dernier. Face à cette parade, certains de ses homologues n’hésitent pas à laisser entendre qu’affirmer le contraire pourrait lui apporter bien des ennuis.

Même si les ambassadeurs contactés reconnaissent la nécessité d’effectuer un contrôle rigoureux sur la façon dont l’argent est dépensé, tous tendent à reconnaître que leur travail pourrait être davantage facilité si le ministère des Affaires étrangères voulait bien assouplir certaines procédures.

« Il y a certes eu des abus par le passé, mais le ministère doit comprendre qu’avec les restrictions budgétaires qu’il nous impose, nous nous trouvons parfois dans l’impossibilité d’assumer nos fonctions correctement », laisse entendre un ambassadeur qui a préféré garder l’anonymat. D’autant que lors d’un voyage à Londres, le Premier ministre, Navin Ramgoolam a lui-même été victime d’une panne, alors qu’il se trouvait à bord d’un véhicule de l’ambassade.

Et un ambassadeur de rajouter : « Il est urgent que le ministère de tutelle revoie l’allocation des finances. Des officiers pourraient, par exemple, être dépêchés sur place afin qu’ils puissent définir en toute connaissance de cause les besoins des ambassades. »

Une idée qui ne semble pas séduire outre mesure le ministère des Affaires étrangères où l’on insiste sur le fait qu’il demeure important d’éviter certaines dérives qui ont eu cours par le passé (voir hors-texte). « Il peut arriver que les procédures tardent, car nous demandons quelquefois aux ambassades de justifier leurs dépenses. Nous décidons par la suite s’il faut accéder à leur demande ou non », explique un cadre du ministère, que les doléances émises par les ambassades semblent laisser indifférent.

DES DERIVES « STUPEFIANTES »

Les dépenses excessives et injustifiées des ambassades ont été maintes fois mises en avant dans le rapport de l’audit. Dans celui de 2007, le directeur de l’audit a formulé de vives critiques quant à la gestion désastreuse des fonds alloués. Il n’est, en effet, pas rare que les ambassades dépassent leur budget initial, sans fournir au préalable des pièces justificatives. Ce qui a, dans certains cas, pu donner lieu à des dérives. Ainsi à Genève, sous l’item des allocations, le budget initial accuse un dépassement de Rs 697 926, alors qu’à Bruxelles, Rs 477 107 supplémentaires ont été nécessaires pour payer les employés.

Les exemples de mauvaise gestion pullulent dans le rapport de l’audit. Un consulat a ainsi présenté une facture de Rs 334 000 pour la réparation d’un véhicule. Or, la valeur de ce même véhicule est estimée à Rs 360 000. Un chiffre que le rapport de l’audit qualifie de « stupéfiant ». D’autant que l’estimation initiale des réparations était de Rs 169 000. Plus grave encore, le consulat n’a, semble-t-il, jamais demandé l’autorisation de procéder à ces réparations. En matière de dépenses inconsidérées, les chancelleries rivalisent d’imagination. Le ministère des Affaires étrangères s’est vu en présence d’une demande de remboursement pour des soins médicaux. Après vérification, il s’est avéré que le consul, ainsi que son épouse, s’étaient fait poser des couronnes en céramique pour Rs 15 550.

Un chauffeur attaché à un ambassadeur a obtenu, en l’espace d’une année, la somme de Rs 222 900 pour ses heures supplémentaires, ce qui représente tout de même 78 % de son salaire annuel. Sommé de s’expliquer, le chauffeur a indiqué que ses heures supplémentaires étaient destinées aux tâches suivantes : « Sport/Magasin » les dimanches, et durant la semaine, « École/Réception/ Sorties/Magasins ». Ceci n’est malheureusement pas un cas isolé. Deux autres chauffeurs se sont vu attribuer Rs 380 000 et Rs 290 000 respectivement pour avoir fait des heures supplémentaires. Là encore, aucune raison valable pour justifier ces paiements excessifs. Ces dérives, fait-on encore ressortir du côté du ministère des Affaires étrangères, justifient les contrôles rigoureux pour éviter des dépenses inutiles.

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