Partie de poker au Parlement
L’étape mauricienne du World Series of Poker (WSOP) se serait-elle déroulée en dehors de tout cadre légal ? C’est la question qui taraude Kee Cheong Li Kwong Wing. Mardi au Parlement, le député de l’opposition a interrogé à ce sujet le ministre des Finances, Pravind Jugnauth. Il a également pointé du doigt plusieurs « faits troublants » entourant ce tournoi, notamment le rôle joué par l’un des organisateurs, Paradise Events. Le patron de cette entreprise réunionnaise, Sylvain Liotard, que nous avons joint à La Réunion, affirme avoir tout fait dans les règles. « J’ai obtenu auprès du World Series of Poker la licence pour la région océan Indien. J’aurais pu organiser ce tournoi dans n’importe quel pays de la région, mais j’ai choisi Maurice pour son cadre et sa capacité d’accueil », explique- t-il. Il lui a fallu, affirment- il, six mois pour convaincre les autorités locales des retombées « positives » qu’aurait la tenue d’un tel événement sur le sol mauricien. « L’opposition parlementaire a bien fait de soulever la question, car je pense qu’il serait dans l’intérêt de l’île de légiférer sur ce sujet afin de pouvoir continuer à accueillir un tel événement à l’avenir », poursuit Sylvain Liotard.
Le député mauve s’est également interrogé sur le montant des prix remportés par les différents participants. « Toute la publicité faite autour de ce tournoi faisait état d’un prix d’un million d’euros. Or, le gagnant n’a remporté que 65 000 euros », souligne Kee Cheong Li Kwong Wing. Mais là encore, l’organisateur réunionnais soutient qu’il n’y a eu aucune tromperie : « Nous avions effectivement prévu un prix d’un million d’euros. Mais malheureusement, n’ayant pas pu réunir un nombre suffisant de participants, nous nous sommes retrouvés avec un prize pool de 200 000 euros. » Cette somme a été répartie entre les différents participants qui ont accédé à la table finale.
Organisé au Paradis Hotel & Golf Club, le Million Poker Paradise Tour a réuni durant neuf jours – du 26 mars au 3 avril – quelques 250 joueurs venus de Maurice, La Réunion, Madagascar, les Seychelles, Mayotte, mais également de France, d’Afrique du Sud, du Liban et de Suisse. Outre le prix de 65 000 euros, les participants ont tenté de se qualifier pour le Main Event du prestigieux World Series Of Poker. Les organisateurs du tournoi, a-t-on appris mardi par Pravind Jugnauth, n’ont pas eu besoin d’obtenir un quelconque permis au préalable, l’événement en question ayant été rangé dans la case « promotion touristique ». S’il reconnaît qu’il existe des lacunes dans la législation concernant l’organisation de tels événements, le ministre des Finances a fait savoir qu’il a demandé à la Gambling Regulatory Authority (GRA) de se pencher sur la question et de soumettre des propositions. Revenant à la charge, Kee Cheong Li Kwong Wing a souligné que l’organisateur du tournoi se serait vanté d’avoir été le premier à obtenir l’autorisation d’organiser cet événement à Maurice, alors que d’autres se seraient vu, selon lui, refuser le permis à14 reprises.
Du côté de la GRA, l’on ne trouve rien à redire. « Nous n’avons à aucun moment été concernés par l’organisation de ce tournoi puisqu’il s’agissait d’un événement touristique », soutient Hiren Jankee, président de la GRA qui souligne par ailleurs n’être aucunement au courant des 14 refus opposés à divers organisateurs. « Ceci dit, je suis d’avis qu’il faudrait amender la loi concernant les tournois de poker afin d’éviter toute confusion à l’avenir », concède Hiren Jankee. Le député de l’opposition ne compte pas lâcher l’affaire. Pour lui, si le ministre des Finances pense que ce tournoi a été organisé avec le concours de la Française des Jeux, comme il l’a affirmé mardi, c’est qu’il a été induit en erreur par des officiers de son ministère. « Toute la communication autour de cet événement n’a jamais fait mention de la Française des Jeux, qui est un organisme officiel de l’Etat français. Il serait étonnant que cette structure puisse prendre part à l’organisation d’un tournoi de ce genre, qui a opéré de manière plus que douteuse », développe Kee Cheong Li Kwong Wing, qui dit attendre des réponses « satisfaisantes » de la part de Pravind Jugnauth dans les semaines à venir.
